Soliloques sur le Vaste Monde, octobre 2019

Numéro spécial sur le droit de retrait

- Comment s’explique le droit de se retirer ?

- Le retrait, entre droit et devoir

- Droit de retrait et droit d’image

Comment s’explique le droit de se retirer ?

Les fondements théoriques et historiques

 

 

Ce droit n’a rien d’une plaisanterie. Il a été reconnu en 2008, à l’époque où le Président Sarkozy cherchait à se faire aimer par ses concitoyens comme naguère on aima le bon Président Chirac (le meilleur qu’on ait eu). Il avait trouvé un truc qui parlait à l’âme des Français et à leur histoire aussi : le droit de retrait.

Ce droit repose sur l’idée qu’il n’est pas concevable qu’un salarié prenne des risques anormaux dans l’exercice de son activité professionnelle (le travail comporte, par nature, des risques : les uns sont normaux – ce qui n’est pas normal- les autres sont anormaux- ce qui est encore plus anormal) ou qu’il en fasse courir à d’autres (éventuellement, les usagers ; précisément, les autres salariés ; plus essentiellement, les salariés syndiqués).

Pourquoi historique ? L'Evènement majeur dans lequel plongent les racines du droit au retrait remonte à 1940. En mai-juin de cette année, les soldats français s’aperçoivent que le combat pourrait leur occasionner des dommages physiques. Ils exercent donc massivement leur droit au retrait du champ de bataille. Quelle différence avec une retraite militaire ? Celle-ci est voulue par l’Etat-Major des Armées. Le droit de retrait est spontané, au contraire, qu’il soit individuel ou collectif. Le trouffion ou le régiment qui prend la poudre d’escampette exerce son droit de retrait.

On retrouve cette revendication dans la littérature : pensez à ce beau poème de Prévert quand le chef marin pécheur invective son fils parce que :
« À la pêche à la baleine, à la pêche à la baleine,
Tu ne veux pas aller… »
Le fils explique ensuite qu’il exerce son droit de retrait.

Dans certains métiers, le droit de retrait est plus fréquemment utilisé : la boxe par exemple, quand un des boxeurs, en pleine commotion cérébrale, se retrouve au tapis. Il dit, mezzo voce avant de mourir « j’exerce mon droit de retrait ». Hélas, trop tard !

Le droit de retrait enrichit les ressources à la disposition des salariés dans leur lutte contre le travail. C’est la version complémentaire parce qu’anticipatrice de l’arrêt maladie. On a le droit de ne plus travailler quand on est malade. Avant qu’on soit malade, n’est-il pas prudent de se retirer ? Si nécessaire, on pourra ensuite, recourir à l’arrêt maladie pour rallonger la durée du retrait.

Ces comparaisons ne valent pas raison : à l’inverse de l’arrêt-maladie, toujours individuel, le droit de retrait ne vaut pas si les conséquences ne sont pas collectives. Le droit de retrait des cheminots s’exerce légitimement parce qu’il touche des milliers de voyageurs. Un chirurgien ne peut pas se retirer d’une opération au prétexte qu’ayant ouvert le ventre du patient, il y découvre la présence d’une horrible bête venue de l’espace : cela ne concerne que lui. En revanche, les infirmiers de l’assistance publique peuvent légitimement exercer leur droit de retrait, arguant de la menace que représente la bête (pourtant extirpée et éliminée depuis longtemps) et surtout parce que cela touchera des milliers de malades qui seront abandonnés à leur triste sort (mais, leur sort est triste parce qu’ils ne savent pas quels dangers les « retirés » leur ont épargnés).

A l’inverse de l’arrêt-maladie qui survient inopinément (comme la maladie elle-même), le droit de retrait est réfléchi : un événement est menaçant, on évalue sa dangerosité puis on décide. La pratique montre que la menace étant très menaçante, le droit de retrait peut être précipité.

Ce n’est pas souhaitable. On le sait depuis la nuit des temps : le retrait précipité est stérile.

Le retrait, entre droit et devoir

Un cas pratique: les fontaines des Champs-Elysées

 

Quand on est salarié, il est possible de faire valoir son droit au retrait. Peut-on dire, comme on le devrait toujours en parlant de « droits », qu’il y a un « devoir de retrait ».

Prenons un exemple simple : de nombreux parisiens ont été choqués par le Bouquet de Jeff Koons. Ils l’ont dépeint comme s’il s’agissait d’une version moderniste de la tête épouvantable de Méduse, l’affreuse Gorgone, dont les cheveux étaient faits de serpents, serpentant lascivement autour de son visage et vibrant au rythme des humeurs de l’immonde demi-déesse et des éléments extérieurs.

Disons-le tout net: ils ont exagéré. Et puis, c’était un cadeau ! Dans mon pays on dit qu’« au cheval donné, on ne regarde pas les dents ». Moi, je l’aime bien ce bouquet. Je n’aimerais pas qu’on le retire. Et voilà, le mot est dit : que les ennemis du Bouquet se retire ne me gène pas. A l’inverse, je trouverais très désagréable que la mairesse castagnette de Paris se sente investie d’un devoir de retrait.

Ce devoir de retrait, soyons en assuré, n’existe pas. On en donnera un autre exemple simple : les fontaines du rond-point des Champs Elysées. Le Bouquet de Jeff Koons est porté haut et fort par une main vigoureuse et triomphante. Elle me va bien cette stature de la statue. Je crois en effet que Paris a le cœur trop haut pour un haut le cœur (comme le disait justement, Edmond Rostand). En revanche, je n’aime pas que Paris, pisse bas. La mairesse castagnette a-t-elle pris le parti des « Femen » et, délaissant les Hidalgo, a-t-elle trouvé le moyen de rabaisser les hommes ?

Les fontaines des Champs Elysées illustrent bien ce mépris, soit qu’étant femmes, elles pissent comme des femmes, soit qu’étant du genre masculin, elles pissent comme les malheureux dont la prostate est défaillante. N’est-ce pas un cas exemplaire du devoir de retrait : lorsque les messages sont ambigus, il faut les taire et les retraire* (comme Wittgenstein a failli le dire).

*Retraire : exercer son droit de retrait.

 

Droit de retrait et droit d’image

Un deuxième exemple: la courge de la place Vendôme

 

 

Par construction le droit de retrait est le fait de personnes qui décident de retraire. Plus rarement, cela concerne les choses qu’on retrait parce que, pour des raisons diverses et variées, il parait qu’elles seraient menacées dans leur intégrité physique et moral (dans ce dernier cas, on pense nécessairement à la souffrance de l’artiste, mais ici, pour la clarté de l’exposé, cela n’a pas d’intérêt).

Pour comprendre la problématique des choses qu’on retrait, prenons un exemple récent et dans le vent artistique qui souffle actuellement sur notre capitale : la courge gigantesque, jaune et noire, installée sur la place Vendôme.

C’est devenu une monomanie : à Paris, on ne lance par les Foires Internationales des Arts en tirant des coups de canon car il est dit depuis la plus haute antiquité : « fait de l’art, pas la guerre ». Pour donner de la solennité au jour du lancement on a trouvé autre chose: planter une gigantesque œuvre d’art en face du Ministère de la justice et à coté de la colonne impériale. L’immense dimension symbolique du geste n’a échappé à personne : se sont succédé des œuvres impérissables en caoutchouc gonflable.

En général, elles ont été vite retirées à la suite de pétitions populaires : elles portaient atteintes à la dignité des parisiens. Le droit de retrait a donc été appliqué dans toute sa rigueur.

Mais, la Mairie de Paris s’est fait rouler dans la farine : le retrait physique a eu lieu, mais pas le retrait artistique.

Expliquons-nous : il faut se souvenir d’Alice au pays des merveilles et du chat de Cheshire. Lorsque ce dernier est retrait, il s’efface, son corps s’évanouit, et ne reste plus de lui que son sourire. Or, c’est justement ce sourire qui fait toute la marque et l’essence du chat du Cheshire poussant Alice à s’étonner et à s'exclamer qu'avait « souvent vu un chat sans sourire mais jamais un sourire sans chat ».

 

C’est l’essentiel.

C’est donc une grave erreur de penser qu’ayant retrait des œuvres grotesques on s’en est débarrassé car , si le chat n’est plus là , reste son sourire ; c’est-à-dire, ici, les images qui ont été prises de lui, lorsqu’il était sur l’arbre, souriant. Or, ce sont ces images qui, vendues sur toute la surface de la planète, ont de la valeur. L’artiste peut proclamer « les images montrent que mon œuvre s’est dressée droite et digne face à l’immonde dictateur tout en haut de sa colonne, face au palais de l’injustice qu’est cet hôtel ministériel somptueux au milieu des ors et des diamants d’une place vouée aux riches et à leur argent ».

Et ça, c’est une sacrée belle publicité.

L’artiste a été sorti de la place mais, à la place, il s’est fabriqué une belle notoriété sur le dos de Paris et pour le plus grand ridicule de ses édiles.


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