Soliloques sur le vaste monde, juin 2023

 

Du bo, du bon… l’art, c’est pas du cochon

 
Un excellent débat au lieu, il y a peu, dans un grand quotidien sur le thème de la beauté. Je caricaturerai le propos en le résumant ainsi : « le beau nous a quitté, nous ne savons plus produire que du bruit ». S’il est bien un débat qui traine lamentablement depuis des siècles, c’est bien celui du Beau. Thème philosophique constant, « le beau, le bien et le bon cheminent-ils ensemble sur la route de l’Etre ? », plainte permanente des moralistes, « le beau n’est-il pas la face cachée de la luxure », objet immémorial de l’industrie des cosmétiques, « Pour être belles, les Egyptiennes mettaient du rouge à joue », le beau est surtout un bon moyen de passer en revue les traits plus ou moins avenants d’une civilisation comme la binoculaire pour les microbes.

Aujourd’hui, donc, le beau n’est plus que l’ombre de lui-même. Il suffit de voir les bouquets de fleurs de Jeff Koons. Et les balloons dogs du même et les graffitis de Basquiat. Et si on veut remonter un peu plus loin, rappelez-vous le cirque qu’on a fait autour des impressionnistes : après les avoir détestés on s’est mis à les porter aux nues. C’est bien la preuve que le beau n’est rien de plus qu’une affaire de communication et de timing.

Il y a peut-être du vrai là-dedans: le beau d’autrefois n’était-il pas une histoire de caste, un entre-soi d’aristocrate, une démonstration du pouvoir d’autocrates écrasant la foule des manants enfoncés dans leur glèbe et ne pouvant avoir d’idées plus élevées que leurs écuelles. Les cathédrales n’étaient-elles pas des machines à enfoncer et formater les esprits. Le peuple se révoltant ne s’y trompait pas, il saccageait le beau et n’hésitait pas à lui infliger le supplice de la laideur. Les anarchistes d’aujourd’hui qui badigeonnent ou détruisent les œuvres d’art ne font que répliquer de vieux réflexes.

Le beau est-il vraiment haïssable ? Il n’y aurait plus de beau innocent et pur. Ce qui est beau, n’étant qu’aliénation et instrumentalisation, ne mériterait pas d’exister. Qui est troublé par les coups de marteaux sur la Piéta de Michel Ange, qui souffre d’une déchirure d’un tableau de Monet, qui peut se plaindre des tags sur le château de Versailles si ce n’est les pacifiques mous qui les ressentent comme des blessures à l’âme.

Combien de film policiers comiques ont-ils usé de cette fameuse torture à base de vase inestimable tant il est beau qu’un bandit menace de détruire si on ne lui révèle pas un code, la cachette d’une clef ou le nom d’un autre bandit ? La destruction du beau serait le meilleur moyen de réduire au silence ou à soumission les civilisés, ceux dont le mental, l’âme, l’esprit ne tiennent plus que par la culture. Casser du beau, voilà une violence facile à infliger à la foule des pacifiques.

Le beau que regrettait nos deux débateurs n’est-il pas en vérité une sorte de corset enserrant l’âme et l’esprit ? Ne voit-on pas que le beau d’hier a souvent été posé sur le beau d’avant-hier qui lui-même …? Que si on n’avait pas cassé les beaux objets, les beaux bâtiments d’autrefois, le beau d’aujourd’hui n’aurait pas pu émerger ? N’est-il pas plus belle illustration de cette question du beau que la destruction par Louis XIV d’un des plus beaux hôtels particuliers de Paris, pour le remplacer par du vide, un beau vide, la place des Victoires embellie par une magnifique statue équestre de… Louis XIV évidemment.

Et si ce débat n’était qu’un de ces moments de plaisir que s’offrent des gens cultivés pour montrer qu’ils n’ont pas tout oublié ? Pourtant, au fil du temps, la vilaine Tour Eiffel, l’horrible Arc de Triomphe, l'atroce pyramide de Pei sont devenus beaux. Et bientôt, les fontaines des Champs Elysées…

Le beau, simplement, c’est ce dont on a pris l’habitude.

 

 

Les seins ne se cachent plus


On a pu lire ceci « Evelyne Dhéliat se livre à coeur ouvert sur son cancer du sein ».
Elle n’est pas la seule à avoir risqué cette contradiction anatomo-pathologique. On le lui pardonnera. L’émotion est en cause bien sûr. Elle saisira chacun. A la lecture de ce simple message, les gorges se serreront, les yeux s’assombriront, une pensée cruelle viendra très vite. C’est qu’il en est d’autres aussi, Céline (Dion), Florent (Pagny), et les Clémentine, Céline, Françoise… Au fait, comment en est-on venu à voir et à entendre ce qui, autrefois, demeurait dans le secret des cœurs et des familles ?

La Transparence a frappé le monde, baguette plus magique que les baguettes de toutes les fées des contes d’enfants. La transparence n’est pas un phénomène monétaro-économique. Il ne s’agit pas uniquement de savoir qui triche ou ne triche pas. D’où vient l’argent ? De quels cloaques il est issu ? Il ne s’agit pas non plus de ne s’intéresser qu’aux hommes politiques à la façon dont ils formulent leurs décisions, sous influence (douteuse) ou dans le respect  (noble ) de l’intérêt public.

Ne tergiversons pas, la transparence, n’est pas un phénomène de société ! Essentielle, elle est devenue la marque d’une nouvelle vie en société. Par la transparence, nous revenons vers les autres tels que Rousseau avait pu nous réver démocrates, tels  que le contrat social avait rendu au peuple sa vérité originelle et sa puissance fécondante.

C’est ainsi qu’il faut comprendre que tous ces cancers soient propulsés dans la lumière plutôt que de ronger les corps dans le silence et l’obscurité. La transparence serait ainsi une conquéte contre le mal, la méchanceté, la laideur. Les livrant à la lumière, elle anéantirait leur malsaine puissance, leur domination sur les esprits, les hommes et les femmes, la société.

Or, il faut s’interroger sur ce point : ce qu’on vient de décrire  ressort de la lutte contre le coté obscur du monde, n’y aurait-il pas une transparence qui en exalterait la lumière ?
Est-ce un hasard étonnant que d’apprendre, par esprit de transparence, que telle maladie s’est saisie d’un corps ou d’un esprit, et que, dans ce même moment est exaltée la transparence des vêtements féminins. J’imagine que cette comparaison attirera des ruades d’esprits raisonnables, des invectives au nom du fameux « distinguo » qui pose que les mots qui se ressemblent ne s’assemblent pas nécessairement en idées identiques. Et il ne faut pas confondre, transparence et exhibition.

Les malades qui se dévoilent ne montent sur une sorte d’estrade du misérabilisme ni ne tendent leurs souffrances vers le public comme les lépreux, leurs moignons, pour montrer leurs sébiles .

Pas davantage faut-il comprendre la transparence qui dévoile les corps comme une lupanarisation de la société. Car l’appel à la transparence, ici proclamé, n’est pas autre chose qu’un appel au respect. Cette transparence qui révèle n’a pas d’autre objet que cette affirmation : ceci est mon corps. Il ne s’offre pas au regard, il s’impose comme ma réalité, comme ma possession et s’oppose à votre désir de soumission, de consommation, d’appropriation ou de détournement.

Si je peux montrer le mal qui me ronge sans en appeler à la compassion , pourquoi ne pourrais-je pas montrer la beauté que tout corps exalte au nom de la vie ? Peut-on reprocher à cette proposition qu’elle méconnait le monde et son impitoyable réalité ? Le vêtement est là pour protéger, se dévoiler c’est perdre toute protection : c’est se livrer.

C’est alors qu’il faut comprendre que la transparence est porteuse d’une révolution sociale. Elle ne peut pas reposer sur une division du monde entre ceux qui regardent et ceux qui s’exposent, entre des acteurs qui jouent pour des spectateurs qui se contentent de payer. Exiger la transparence des décisions sociales ou politiques n’est pas le sous-produit d’une stratégie de la dénonciation. Dévoiler son corps n’annonce pas la permission d’en abuser.
C’est exactement l’inverse : la transparence s’inscrit dans une renonciation de l’égotisme du « j’ai  bien droit » en faveur de l’ouverture aux autres, qu’ils soient individus ou groupes sociaux.

Une révolution: la perte du pouvoir de l’apparent et du caché .

 

 

Entre un critique mondain et un artiste génial …  

 
Je ne suis pas très passionné par les critiques d’art qui, pour la plupart, fabriquant des chroniques sur la vie des artistes, ne sont que de consciencieux commentateurs du « making of » de leurs œuvres. Je suis encore moins passionné par les nécrologies d’artistes. Elles hésitent en général entre le désir de montrer que le décédé a mené une vie entièrement consacré à son œuvre, comme si partant de l’enfant doué, sa vie s’était écoulée en forme de bataille rangée et gagnée au nom de l’œuvre, pour s’achever dans une lutte farouche contre les atteintes de l’âge. Mais, à l’inverse, on trouvera, parce que le chroniqueur a des comptes à régler, des récits où les effondrements douteux ne pourront pas effacer quelques rares fulgurances sûrement hasardeuses: le mort aurait en quelque sorte usurpé son statut d’artiste.

C’est ce que laisse à penser Monsieur Neuhoff, du Figaro, commentant la disparition d’un « si beau damné », en la personne d’Helmut Berger. Ses commentaires vachards sont impressionnants. Monsieur Neuhoff avait-il quelques vengeances à assouvir à l’encontre du pauvre Helmut ? Il aurait pu lancer ses quelques lignes fielleuses du vivant de l’intéressé. Ou bien, pour que justice fut rendue entre gentilshommes, le provoquer en duel, littéraire bien sûr, ou artistique. En fait, le commentateur a attendu qu'Helmut, objet de sa vindicte, fut refroidi pour expliquer qu’il avait commencé minable avec un film minable « Tout ce que Staline faisait aux femmes » et que, fatalement, il avait terminé minable se roulant dans la fange italianisante de films ratés. Encore ceci ne concerne que l’activité artistique d’Helmut Berger. Quant à sa vie, il est clair qu’elle n'a pas répondu aux exigences morales du journaliste : « Il laisse derrière lui un chemin jonché de substances illicites, de bouteilles vides et de désillusions ». On entend clairement la voix du récitant qui anathémise le défunt « Voici que je tremble et que j'ai peur, devant le jugement qui approche, et la colère qui doit venir*. » Pour ce « jour mémorable et très amer » Monsieur Neuhoff offre à sa victime un « il méritait bien ça » : une caricature d’arrivée au ciel sur une musique de Wagner.

Je pense que j’ai rarement lu pareil déversement de littérature nécrologique malsaine. Passons sur les règlements de compte. Venons-en plutôt à ce qu’on doit à un artiste. Dans le cas qui nous intéresse, il s’agit de ce qu’on doit au génial interprète des « Damnés », par exemple, que le critique Neuhoff commente ainsi « l’uniforme nazi, lui allait bien . Il en abusa » !!! Constatons qu’en toute honnêteté si Helmut Berger n’avait pas donné une incroyable ampleur à son rôle, le film n’aurait pas été davantage qu’une sorte de « Portier de nuit » en pire. Bien sûr, il avait été exceptionnel dans « Ludwig », mais, gigolo il était!  Et gigolo sublime, il joua un gigolo parfait dans « Violence et passion », exceptionnel film sur la modernité, qui n'a pas eu l’heure de plaire à notre nécrologue. 

Preuve s'il en fallait d'un destin truqué, Monsieur Neuhoff dénonce l'ange Helmut Berger: déchu aussitôt à l’heure de la mort de Visconti cet autre génie artistique, il s’effondra et ne parut plus que dans « des tournages indignes et frasques insolentes ».


Voilà un artiste qui ne reposera sûrement pas en paix ! Mais voilà surtout un commentateur qui ne propose de l’art d’un artiste qu'une chronique de gardien de square. Pensons à la nécrologie que Monsieur Neuhoff aurait infligé à Verlaine sur fond de ses mésaventures sexuelles et de son alcoolisme incurable (sans parler du reste...). Pensons aussi à ce qu'il aurait dit de Sarah Bernhardt… mais, peut-être, celle-ci, prudente, l’aurait « traité » par anticipation, faisant taire les pudeurs du journaliste par d'habiles moyens impudiques. Plus essentiellement, pensons à ces mots d’Heidegger : « L’artiste reste, par rapport à l’œuvre, quelque chose d’indifférent, à peu près comme s’il était un passage pour la naissance de l’œuvre, qui s’anéantirait lui-même dans la création ».

Il restera d’Helmut Berger, l'essentiel, ses instants de génie, le reste, sera balayé comme s’envoleront « au vent mauvais » les piques, les saillies et les bons mots de Monsieur Neuhoff, l'accessoire.
N’allons pas plus loin dans ces commentaires des commentaires post-mortem. Contentons-nous de remarquer que Monsieur Neuhoff aurait été bien inspiré de méditer cette belle recommandation latine  « de mortuis, nil nisi bonum** ».


* Messe du requiem

**Des morts: rien que du bien (Chilon de Sparte)
 

 
Transparence, le retour

 

Je ne m’attendais pas à continuer le débat sur la transparence mais, malheureusement, la pensée américaine et ses dérives appliquées au comportement des individus me poussent à pousser le raisonnement un peu plus loin.
 
On en a pris l’habitude, les dérèglements de la société américaine débarquent, comme lors de l’opération Overlord, pour le meilleur sans se soucier du pire. Ce n’est pas la faute de nos « libérateurs ». Quand on libère, on ne fait pas dans le détail, on libère : un point c’est tout, et si cela doit comporter quelques destructions au passage, on se dit que c’est un dommage collatéral et on continue. Et si le résultat c’est la liberté, qui peut le discuter ? N’interprétez pas ce propos comme une version de « la fin justifie les moyens », retenez seulement que les intentions les plus pures comportent toujours un certain degré d’impureté. C’est exactement ce qui se passe avec ce qui nous vient des Etats-Unis mais, j’ai tendance à penser que le degré d’impureté nous arrive dans sa pureté américaine et qu’il faut donc s’en méfier.
 
Un exemple parmi d’autres, mais il est « signifiant » : une idée pure et noble qui vient d’émerger dans la conscience sociale des Américains, concerne les femmes et le respect dont elles devraient toujours être entourées. Les termes de l’idée « pure et noble » sont les suivants : dans les transports en commun, aux Etats-Unis, les femmes qui ont décidé d’être elles-mêmes et de se vêtir comme bon leur semble, (voir la précédente newsletter) sont sans cesse en butte aux agressions masculines à des degrés divers, propos, attouchements, menaces, violences etc… On pourrait être serein et ne pas relever, considérer, par exemple, qu’il s’agit des dommages collatéraux de l’évolution de la femme vers plus de liberté (voir plus haut sur les dommages collatéraux).
 
Nos amis américains voient les choses différemment et suggèrent (avant d’imposer ?) que les femmes se couvrent de survêtements neutres en termes d’appeal. Il s’agit de voiler les femmes qui, trop souvent, se dévoilent sans prendre garde que la transparence, pour quelques esprits malsains, est une belle occasion de franchir un mur d’invisibilité et de profiter du paysage.
 
Donc, des chemises blanches, dites « chemises de métro » qui seront distribuées par les autorités ou apportées par leurs utilisatrices, dans le métro, lieu par excellence de la violence à l’égard des femmes aux Etats-Unis. Blanches et opaques, elles exprimeront la pureté des sentiments de celles qui les portent. Armures mystiques ou chlamydes psychologiques, (ou l’inverse) elles repousseront les idées salaces et confondront les obsédés.
 
C’est la force des Américains que de faire passer une idée sans se soucier des à-côtés, des conséquences ou même des principes. Tout d’abord, on ne résistera pas à faire remarquer qu’il est paradoxal, dans un pays où la couleur de la peau fait débat, de confier la défense de la pureté à la couleur blanche. Mais ce n’est qu’un détail, car, rien n’empêcherait que les chemises fussent noires, ou orange ou jaunes. Il n’en demeure pas moins qu’un blanc qui utiliserait du noir pour se protéger ne serait pas nécessairement le bienvenu, pas davantage qu’un jaune qui utiliserait du blanc. Le plus simple dans ces conditions serait, pour cacher la couleur de la peau des intéressées, d’imposer que ces vêtements destinés au voilement couvrent le corps de la tête au pied. Pour y voir un peu, le visage ne serait que masqué ; une sorte de grillage par exemple. Ainsi aurait-on réglé une autre question relative au voilement, sa forme : les sur-chemises seraient nécessairement longues.
 
Fin du premier acte direz-vous. Ce serait oublier qu’ici on parle à la France et aux Français. Or, un Français qui se respecte questionne : si on pose que le voilement doit l’emporter dans certaines circonstances, il est difficile de penser que cela ne peut pas s’appliquer à d’autres situations où les poses exposent. Pensons à l’émission de pensées, à haute voix s’entend. Comment peut-on imaginer de voiler la femme, alors qu’elle peut dévoiler sa pensée ? Est-il raisonnable de distinguer protection physique et protection mentale ou pire, intellectuelle ? Si le voilement s’impose dans l’ordre physique, n’est-ce pas pour protéger l’intégrité de la femme, or, « intégrité » ne peut pas se contenter du physique et oublier le psychique.
 
Que devient la transparence si pour se protéger de ses conséquences on en revient à l’opacité vestimentaire et mentale ? Elle est donc évidente cette contradiction qui nous vient des Etats-Unis … et elle ruine l’image même de la transparence dans le domaine social, politique et même économique.
 
On objectera que tout ceci ne concerne que les trajets en métro. On répondra que cela concerne les hommes finalement, dont on n’a pas encore proposé de les dévoiler.
Si c’était le cas, il y a fort à parier qu’ils n’en mèneraient pas large… Même à New-York !

 

Détruire le passé ou empêcher l’avenir ?


« Cachez ce sein … ». Mon idée ici, n’est pas de lancer des imprécations vertueuses contre l’imbécile qui a aspergé de peinture violette une œuvre de Miriam Cahn (voir ma chronique sur cette passionnante exposition). Les agressions contre la représentation artistique sont une constante dans l’histoire de l’humanité. Un jour, quand on en aura fini avec les étonnements admiratifs face aux peintures pariétales des grottes préhistoriques, on découvrira que certaines d’entre elles ont été effacées (avec violence, naturellement). Il faudra alors, chercher à comprendre, quel individu malsain et jaloux s’est lancé dans pareilles destructions.

Il n’y a pas de raison : là, où s’érige et se dessine une œuvre d'art, nait une perversion. On n’a pas encore mis en lumière l’origine plurimillénaire des iconoclasmes. On montrera un jour que les autodafés sont aussi anciens que sapiens. Que Savonarole et ses destructions de chefs d’œuvre de la Renaissance n’était qu’un maillon dans la longue chaîne qui a conduit aux fameux et haïssables « arts dégénérés », à la destruction de livres par le  feu et aux imbéciles qui font tomber les statues devenues non conformes. On peut, on doit s’en attrister. On lira des dénonciations en nombre. On sera encombré de libelles appelant à la vigilance et à la défense de l’art. Tout cela n’empêchera pas les destructions d’icônes ou les bûchers de peintures immorales.
Serait-ce choquer que de soutenir que la destruction d’une œuvre d’art n’est que douloureuse ? Botticelli, pour avoir la vie sauve, jeta des chefs d’œuvre aux bûchers de Savonarole. Lui et ses successeurs, s’empressèrent de persister aussitôt que cela leur fut possible. On ne détruit que ce qui a été créé. On ne détruit pas l’acte, l'intention et la pensée de créer.

Plus grave en revanche: la montée de l’hyper-individualisme social ou politique qui frappe les sociétés démocratiques. En France, c’est l’explosion des fameuses ZAD (zones à défendre) qui caractérise le mieux ces nouvelles tendances. Monsieur machin et ses potes, qui ont des idées qui ne sont pas celles des autres, les élus, les spécialistes, les experts, décident de les mettre en œuvre quoiqu’il en coûte et quoi qu’il faille en penser car elles sont bonnes et celles des autres ne le sont pas. Alors, appliquant la fameuse doctrine « parva sed apta » (
voir ma précédente Humeur), ils vont s’opposer, obstruer, saboter toute tentative d’une collectivité à mettre en œuvre une décision… collective justement. Ils ne sont pas nombreux à agir… et capitalisent sur ce fait moral et social qu’ils peuvent le faire en toute impunité.

La dissymétrie d’une société démocratique entre multiplicité des freins à la répression et liberté donnée à ceux qui en refusent le mode de fonctionnement est à l’origine d’attitudes qui se multiplient. Progressivement, il deviendra de plus en plus normal que quelques petits groupes bloquent ici et là, des projets, des entreprises, des travaux. Bloquer une route pour empêcher une autoroute, détruire une installation pour en dénoncer l’usage « non conforme », couper l’eau et l’électricité des « ennemis de la société » pourraient par leurs multiplications conduire à une impossibilité généralisée de faire, de promouvoir ou d’entreprendre. Impunément.

Ruiner des décisions collectives, conduites sur plusieurs années d’études, de recherche et de consultations en se targuant de la défense de besoins vaguement ressentis, de tous ceux qui ne parlent pas et qui ne sont donc que des victimes ne peut conduire nulle part ailleurs que dans un marigot d’immobilisme. Plus il deviendra difficile de construire, plus la société s’enfermera ou bien, s’exaspérera. Les victimes des « petits groupes agiles » finiront par en faire la chasse au nom du droit de chacun à la réduction de la "dissymétrie démocratique". Gulliver ne peut pas rester longtemps "empêtré".
 

Brûler des œuvres d’art n’a jamais conduit à la disparition de l’art ni des artistes.  Bloquer le fonctionnement d’une société démocratique a toujours conduit à l’affaiblissement des idées qui la fondent puis à son effondrement. Alors, ce sont les hommes qui disparaissent.
Athènes détruite, ses idées survivront, pas les Athéniens.


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