Juin 14


- Les marchés financiers fixent-ils les bons prix?

- Drôles de Drones

- Les PIB n'ont ni odeur ni pudeur

- Quand la finance se réfugie sur les plateformes


Les marchés financiers fixent-ils les bons prix ?

Drôles de Drones


Autrefois, dans le pays de France, le taux de base des Banques, le fameux TBB était fixé par les banques dites AFB, les autres, Banques pop, Crédits mutuels et autres coopératifs (les ploucs quoi !), n’étaient pas concernés. La rusticité des méthodes de fixation du TBB faisait honneur à la tradition française. Une banque était désignée volontaire; le gouvernement fulminait qu’il fallait baisser; les banques AFB pleuraient en disant qu’il fallait monter. Et puis on y allait. Le volontaire annonçait le résultat des courses. Il avait bonne mine le marché! Autant dire que l’électricité des ordinateurs était fournie par des types pédalant dans les sous-sols! Et le rôle du Marché? Et l’offre et la demande? Et leur rencontre dont on sait qu’elle engendre les prix? Il faut être honnête, ces mécanismes-là n’existaient tout simplement pas et personne ne croyait à l’Hypothèse des Marchés Efficients (HME) pour assurer au mieux des intérêts de tous les acteurs économiques l’équilibre entre offre et demande et les coûts qui vont avec.

 

L’hypothèse d’efficience des marchés

Puis, un jour vint où «l’HME» survint et où cette «hypothèse» devint un article du Dogme de «l’Economie de Marché» dans le style «tu respecteras ton père et ta mère». L’HME nous dit que les prix sur un marché sont vrais. Ils le sont pour le passé, le présent et l’avenir. Ils disent donc tout ce qu’on sait, ce qu’on a su, ce qu’on va savoir sur ce qui est échangé. Le prix de marché n’est pas une simple rencontre entre une demande et une offre, il dit « la vérité » et il ne ment pas. Prétendre le fausser, agir sur le prix ou sur ses composantes, détourner l’information dont on sait qu’elle irrigue les marchés comme le Nil son delta, c’est tout simplement criminel. Cela ne peut pas se concevoir dans un univers civilisé, l’Occidental en particulier, qui a inventé le libéralisme économique, la « théorie des marchés purs et parfaits » et la théorie des marchés financiers. Des prix Nobel par dizaines se sont déversés pour honorer les théoriciens qui ont confirmé cette belle «Hypothèse » et par là-même ont contribué à l’élévation de l’âme des financiers ainsi qu’accessoirement, celle des demandeurs et des offreurs d’argent. Et aussi, que de lois pour punir l’infâme qui oserait mettre un doigt perfide sur les engrenages délicats dont HME est faite ! Que d’institutions posées pour assurer que rien ne s’opposerait à la rencontre pure et parfaite de l’offre d’argent, ou d’or ou de devises, ou de tout ce qu’on voudra, sur des places organisées pour que les prix soient pareils à des diamants de l’eau la plus pure !

Prenons l’exemple du marché des Changes. Quelques sots (malgré les progrès de la formation en économie, il en existe encore qui sévissent en commentaires mal formulés ou approximatifs) pensent toujours que le cours des devises est le reflet de la demande et de l’offre de devises. Comme si les devises étaient de vulgaires patates flamandes. Dans la réalité, chacun sait que le prix des devises résulte de la comparaison des taux d’intérêts qui leurs sont respectivement attachés. En somme, la main de l’homme est étrangère au fixing des cours Euro/Dollars ou Euro/Yen et inversement. Les prix sont «déterminés» par les seules caractéristiques de l’environnement économique dans lequel baignent ces monnaies. En principe, c’est ainsi que cela doit se passer dans l’univers HME.

Toutefois, la perfection n’étant qu’un moment idéal dans la vie économique, les théoriciens ont admis que des détails, des anicroches ou quelques fétus de paille peuvent dévier momentanément la belle mécaniques des prix « HME ». Ainsi, les « momentum stocks » jouent-ils sur l’irrationalité des marchés à l’inverse de ce que postule le fonctionnement des marchés purs et parfaits. Ce type de produit financier s’appuie sur le « panurgisme des acteurs », c’est-à-dire leur conviction que ce qui a monté montera et que ce qui baisse va baisser (on croirait lire l’Ecclésiaste !) alors même que le marché reçoit des informations contraires. Le temps que les acteurs se réveillent, les gérants de «Momentum stocks» auront fait quelques bénéfices sympathiques. Clairement, la théorie des prix HMS est battue en brèche! D’autres observations sur les stratégies montrent que sont plausibles celles qui font l’inverse des «Momentum stocks »: elles invitent à acheter quand il y a baisse et à vendre quand il y a hausse ! Etc. etc. Ne pas oublier que les prix sont curieusement influencés par: l’approche du Week-End, des grandes vacances d’été, l’anniversaire du 11 septembre, celui du 24 octobre (le jeudi noir). La liste est longue ! Donc, on peut légitimement se demander si la perfection des marchés ne serait pas du « wishful thinking ». Au vu des évènements récents, on n’aurait pas tout à fait tort.

 

Et si les prix se formaient en dehors des marchés ?

Il faut reconnaître que les marchés financiers ont une curieuse allure ses derniers temps. Il y a des domaines où ils ont pris une forme étrange et suivent un mécanisme de formation des prix particulièrement opaque (pas HME pour un sou). Vous pensez que, probablement, c’est encore une vraie histoire à la Française avec des banques et des gouvernants qui pataugent dans des combines glauques  et que cela ne se passerait pas sous les cieux Anglo-saxons. Cette pensée ne serait pas illogique puisque c’est d’eux qu’on tient la fameuse HME! Pourtant, là, il ne faut pas se tromper de théorie économique. HME c’est pour les marchés financiers, pas pour les marchés de marchandises. Ceci expliquerait par exemple que l’or ou l’argent, se traitent sur des marchés particuliers. Cela ne veut pas dire qu’on ne peut pas faire du chartisme sur l’or ou l’argent, la preuve : il y a peu, quand les prix de l’or ont atteint des sommets, de brillants analystes penchés sur les graphiques de prix ont prédit qu’il continuerait à monter. Quand, un peu plus tard, les prix se sont cassé la figure, les mêmes ont pu, à partir des séries statistiques expliquer pourquoi c’était étrange et pourquoi leurs premières analyses étaient justes, c’est-à-dire qu’ils allaient remonter. Ils lisaient dans les prix comme on doit le faire qu’on est en plein HME.

 

Pourtant, s’il y a bien une fixation des prix de l’or et de l’argent (on dit « fixing » et non pas » prix du marché »), celle-ci ne se fait pas entre ordinateur, ni via des places de marchés virtuelles : ce sont des « gentlemen » qui y procèdent à Londres. Seules six banques – Rothschild, Barclays, Deutsche Bank, Bank of Nova Scotia, HSBC et la Société générale ont le privilège du Fixing (Deutsche Bank et Rothschild ont quitté cette belle assemblée). Deux réunions par jour et ooops ! le prix de l’or sort du tintement d’une cuillère en argent sur une tasse de thé. Le processus est si transparent que Deutsche Bank, en quittant cette assemblée n’a pas trouvé d’acquéreur pour son siège. Peut-on trouver l’explication dans les procédures pénales en cours ? La FSA (Financial Services Authority), l'autorité britannique des services financiers, a sanctionné lourdement la Barclays pour avoir manipulé le processus de fixing de l'or. Les méchantes langues disent que cela aurait contribué à apaiser les cours de l’or. Le Fixing est devenu un peu plus fixe. Cela ne dit pas si c’est cohérent avec l’ HME.

L’or est un tout petit marché : 20 000 milliards de dollars, à l’opposé des marchés des taux qui ce sont de vrais et solides marchés. Surtout les marchés où se fixent les grands taux de base internationaux : Libor, euribor, etc… Hélas, hélas…. Là aussi, les marchés semblent avoir vécu une vie peu conforme à HME. La Barclays (encore !) s’est vue infliger une amende record pour avoir manipulé le taux interbancaire «libor». Ce dernier taux n’est pas la résultante de la rencontre entre l’offre et la demande d’argent sur le marché londonien. On le calcule en retenant les déclarations des banques qui participent au marché interbancaire de Londres. Lors d’un sondage quotidien, celles-ci énoncent les taux de référence auxquels elles empruntent et prêtent sans garantie à leurs consœurs. Comme pour l’or, seul un échantillon de banques établi à l’avance et trié sur le volet participe à cette fixation. La différence tient aux sommes en cause puisque ce sont des contrats par centaines de milliards de dollars qui sont concernés.

Libor, Euribor, Or, Argent, taux de change, CDS, sont les uns après les autres touchés. La formation des prix des  « produits » financiers sont frappés par des anomalies dont l’ampleur est telle qu’on finit par se demander, quand on parle d’un prix, d’un taux, d’une parité, à quel point leur formation a été manipulée, à quel point ils sont pertinents ou, plus simplement, vrais !

Et l’hypothèse des marchés efficients, qu’est-ce qu’elle devient dans cet univers de manipulations et de déviations ? Attendons le prochain prix Nobel : celui qui couronnera le travail du théoricien qui aura montré que les prix importent peu, le tout c’est qu’on ait l’ivresse.

Les Etats-Unis sont le lieu de la terre où l’imagination est absolument au pouvoir, où l’expérimentation suit de près l’innovation, où la production en série immédiatement lancée dans la foulée et où les applications s’affranchissent de toutes les contraintes. Exemple, les drones. Pourtant, ce qui est intéressant avec les drones ne relève pas uniquement d’avancées technologiques. Après tout, un drone n’est jamais que l’équivalent aérien d’un robot industriel. Ces derniers ont été développés à ce point qu’il est imaginable de faire fonctionner une usine sans personne à l’intérieur, qu’il s’agisse de fabriquer des voitures, des nano-tubes, des circuits imprimés ou des membres bioniques. Le drone en tant que robot aérien est une prouesse technique parmi d’autres, aussi sujette à l’obsolescence que les autres ! Il ne vivra pas plus longtemps qu’une rose: «l’espace d’un printemps». Les futures prouesses techniques sont là en gestation. Elles chasseront les précédentes. Tout ceci est bien connu.

La révolution des drones

L’innovation que représentent les drones est ailleurs : ces engins sont les supports d’une nouvelle conception de la guerre et, plus généralement, d’une vision révolutionnaire des rapports humains, la guerre n’étant qu’une acmé dans le déploiement de ces rapports.  Les drones ont rendu possible la guerre qui n’est pas déclarée. Un drone survole une étendue à contrôler. Il  «n’y met pas les pieds». Il n’y a personne dans le drone. S’il se fracasse, le pays qui le déploie ne risque pas de devoir faire des pieds et des mains pour récupérer le pilote (souvenez-vous de l’horrible fiasco de la récupération de soldats américains en Iran). En fait, le drone c’est la guerre « ni vu ni connu ». La guerre sans la faire. D’ailleurs les types qui manient les drones n’ont pas le sentiment de faire la guerre. Ils ont des manettes comme dans les jeux vidéo. Ils regardent des images à moitié virtuelles qui sont aussi bien à côté qu’à des milliers de kilomètres. Ils font les trois huit. Avec  équipe de jour et équipe de nuit.

C’est ça qui est nouveau : déclencher conflit, punitions, bombardements à distance, sans avoir l’air d’y toucher. Les Américains ont commencé avec des frappes aériennes. C’est le B-A BA de la manipulation d’un drone, la preuve qu’on peut déclencher les hostilités sans se déplacer, de foudroyer des cibles sans les approcher, à distance, de très loin. Maintenant, ils passent à la vitesse supérieure. Exemple BNP-Paribas. Là, c’est un drone judiciaire qui se prépare à frapper. Il a un avantage sur le drone militaire: il peut annoncer qu’il passe à l’action. Si le passage d’un drone militaire était annoncé ce serait la débandade. Les cibles ficheraient le camp. En revanche, balancer un drone judiciaire sur BNP-Paribas est une opération plus paisible: BNP-Paribas ne peut pas courir vers une cachette. Le drone n’a donc pas besoin de moyens très sophistiqués, la furtivité n’est pas même recommandée : plus il fait de bruit, plus violent est l’impact de son intervention. Il ne risque pas non plus d’être accusé de dommages collatéraux sanglants. Les seules victimes seront des comptes en banque qui ne vaudront plus grand-chose et des épargnants qui ne seront pas épargnés mais pas tués. Les drones judiciaires ne sèment pas la mort.

Les drones, pour un nouvel ordre social

Peut-on imaginer d’autres formes de drones, c’est-à-dire des interventions à distance, sans donner l’impression qu’on intervient et en le faisant de fait sans intrusion dans le territoire où l’action est prévue, sans déployer des personnels s’introduisant indûment dans les centres de pouvoirs, d’opinion et d’argent ? On sait que les drones « big data » ont été lancés. Ces machines sont postées pour siphonner toute l’information possible au plus près de sa production. Comme les drones judiciaires, les drones «big data» ne volent pas, ni ne rampent, ils sont simplement postés aux aguets, au-dessus des téléphones portables ou délicatement accolés aux nœuds électroniques qui rythment les déplacements de  0 et de 1. Les méthodes employées sont directement inspirée de la méthode des indiens sioux dans leurs combats avec la Cavalerie Montée.

Mais, il n’est pas impossible que des drones terrestres soient bientôt déployés! Attention: il ne faudrait pas se laisser aller à des idées dans le genre science-fiction, Matrix, Avatar et autres systèmes où un drone prend le contrôle d’un humain, d’un animal de compagnie voire de cafards, araignées et d’acariens. Ces drones-là ne seront mobiles qu’en tant que cela sera nécessaire. Ils seront dissimulés dans les appareils connectés. Ils seront expédiés via des systèmes rustiques sous la forme de puces hyperspécialisées présentes dans des balais, des essuie-mains ou des packs de bière et même des doudous, des langes et des BMW. Ils auront des objectifs précis permettant de mener une action offensive de quelque nature qu’elle soit sans perdre de temps et sans attenter à la vie des personnes. Parmi ces drones, les « touristiques » seront les plus difficiles à éviter. A base de propositions alléchantes, ils seront utilisés pour que des cibles très individualisées, voire très rétives se rendent d’elles-mêmes à Guantanamo où elles seront accueillies par des Gentils inquisiteurs qui les puniront à coup de grosses amendes. (On pense évidemment aux banques, la différence est que les banques seront punies sans avoir à se déplacer).

Le drone est déjà, quelle que soit la forme par laquelle il s’exprime, une fantastique révolution. Il n’est plus besoin de contacts. Le «face à face» est renvoyé au rang des antiquités. L’intrusion violente, chirurgicale comme on disait autrefois, n’est pas plus nécessaire, grâce aux drones, que le bistouri sur les tables d’opérations. Tout change, on corrige sans se faire remarquer, on sanctionne sans être violent et quand on tue, c’est froidement, sans s’investir, sans haine. Quand on ne tue pas, on fait payer car « Peine d’argent ne vaut».

Les Drones sont encore de drôles de machines, mais on n’a encore rien vu. Demain, ce ne sera pas si drôle.


Les PIB n'ont ni odeur, ni pudeur

Quand la finance se réfugie sur des Plateformes



L’argent n’a pas d’odeur, les statistiques et les calculs relatifs à l’argent en ont encore moins. De fait, si on devait extraire du calcul du PIB ce qui sent mauvais, son niveau s’effondrerait, les pays riches le deviendraient moins et les pauvres disparaitraient purement et simplement! Donc, avec raison, les activités qui s’attachent à purifier l’atmosphère, à traiter les «effluents domestiques» comme on dit pudiquement et l’importante production de lisier breton sans parler de la non moins importante activité déployée pour s’en débarrasser, comptent dans le PIB.

 

Les valeurs ne sont pas toutes dans le PIB

Pour autant, celui-ci tel qu’il est habituellement calculé, est-il satisfaisant au sens strict de cette question: rend-il compte de la production de valeur (le PIB est la somme des valeurs ajoutées) ? Il est des configurations où la création de valeur n’est pas accompagnée d’échanges monétaires. Or les mesures utilisées par les statisticiens en charge du comptage du PIB passent presqu’essentiellement par la case « argent, échange, prix ». C’est ainsi que certains économistes pas même « alternatifs », simplement consciencieux, estiment qu’il serait important de valoriser le PIB caché dans les activités domestiques. Si la ménagère ou, pour être respectueux de la parité, le « ménager », sous-traitaient leurs activités « aspirateur », « repassage », « courses à l’hypermarché », « changer les couches » à une entreprise spécialisée dont le personnel serait rémunéré au SMIC, il y aurait monétisation, il y aurait donc PIB et ce ne serait pas rien : un tiers du PIB actuel selon l’INSEE ! L’autarcie doit donc être mesurée pour rétablir l’équilibre entre pays qui facilitent cette sous-traitance et ceux qui ne font rien pour passer à un stade évolué de l’économie domestique ! Sur le plan scientifique, à ne pas comptabiliser les activités « domestiques », on se prive de la mesure d’éventuels progrès de productivité. Les activités domestiques ont elles gagné à être automatisées, mécanisées, informatisées ? Internet est-il à la source d’une fantastique économie pour les ménages : le temps passé à ne plus aller chercher ses billets de train, de cinéma, joint au temps économisé en commandant par internet, en se faisant livrer au lieu de prendre sa voiture, l’essence non consommée …. Ce temps économisé est-il réemployé en dépenses de consommation, de loisirs, culturels, sportifs ou à l’auto-formation ? Ou encore à du travail rémunéré ? On voit que ce n’est pas un sujet secondaire.

 

C’est ainsi que les statistiques, à force de fureter et de chercher partout où il y a de la production de valeur, peuvent aller très loin et elles le font à raison. La connaissance de la richesse produite, de son niveau effectif et de sa répartition est un élément essentiel à la préparation et la mise en œuvre des politiques économiques, qui, toutes, ont pour objectif le Bonheur des Peuples. Chercher partout ? Fureter ? Tout compiler ? Le sujet n’est pas innocent! Monsieur ou Madame qui passent l’aspirateur, c’est une chose qui n’apparait pas dans la comptabilité nationale tant qu’ils le font eux-mêmes. Serait-ce du travail clandestin ? Le travail au noir, par exemple, lorsque la personne qui passe l’aspirateur est une employée de maison payée « hors la vue » serait-il du même acabit ? Il y a bien échange d’argent. Sans doute, mais il y a dissimulation de transaction et de son règlement. La morale n’est pas sauve, c’est une chose, mais surtout la comptabilisation des valeurs ajoutées est touchée ! L’histoire de l’aspirateur n’est évidemment rien. Il faut compter sur le travail clandestin dans toute son ampleur. Et il faut compter les dissimulations en tous genres, les fraudes à la TVA, les non-déclarations de facturation, les commerces sous le manteau (celui du tabac prend une place de plus en plus importante). Tout ceci devrait-il faire l’objet de calculs pour que les comptes ne soient plus « aseptisés », « candides », « stupidement angéliques » ? Eh bien rassurez-vous! C’est fait depuis longtemps  et cela représenterait 3,4% du PIB français base 2010!

 

Le chiffre d’affaires des différentes « Mafia » doit aussi être intégré

 

Ça c’est la France, mais en Italie par exemple ? Tout le monde sait que l’économie souterraine y est très importante. Se contenter de cette économie-là laisse encore planer le soupçon d’angélisme qu’on dénonçait plus haut car c’est négliger l’autre partie de l’économie, celle qui se trouve entre les mains des «‘Ndrangheta, Cosa Nostra, Calabre, Sacra Corona Unita». Le chiffre d’affaires de la ‘Ndrangheta aurait atteint 53 milliards d’euros en 2013, presque autant que Peugeot et Airbus! Selon les Nations-Unies, les quatre organisations mafieuses dégagent un chiffre d’affaires de 116 milliards d’euros, soit 5,9% du PIB! N’oublions pas que cet argent donne lieu à des versements de salaires, des achats de biens divers etc… donc à de la production de valeur!!! Alors, que faire? Les statisticiens doivent-ils se boucher le nez? Doivent-ils, à reculons, en prenant les chiffres avec des pincettes, les intégrer dans le PIB « traditionnel » celui des bonnes gens et des honnêtes transactions. Ou, considérer que l’argent n’a pas d’odeur et les statistiques encore moins. Ce n’est pas rien que d’avoir des comptes justes par « tous les moyens » en période de crise où la croissance du PIB devient obsessionnelle: la progression de l’économie «illégale», y compris celle de la drogue et de la prostitution n’est pas à dédaigner ! La Banque d’Italie a évalué que le PIB italien «réévalué» de la sorte pourrait afficher un taux de progression de 1.3% bien supérieur au taux de croissance prévu par le gouvernement! Qui va s’en plaindre ?

Aujourd’hui, c’est à celui qui ira le plus vite pour que les chiffres soient les plus vrais possibles. Cela peut rapporter politiquement, mais surtout, c’est vertueux ! Ne nous méprenons pas ! C’est vertueux au sens de la vertu accordée aux bons et vrais chiffres et non pas au sens moral du terme. Evaluer le nombre de prostituées, enlevées dans des pays affamés et mises «sur le marché» pour calculer les revenus que leur activité procure n’est pas porteur d’une approbation morale. On ne doit pas en conclure que les pouvoirs publics en place attendent de la progression des activités sales une contribution solide et robuste à celle du PIB national. C’est vertueux «à l’Européenne» : il s’agit là au sein de l’Union Européenne d’harmoniser les comptabilités nationales! Eurostat, en charge de la tenue des statistiques européennes, a revu la définition de nouvelles normes comptables européennes qui rentreront en vigueur en septembre 2014 et prévoit que «les activités économiques illégales doivent être considérés comme des transactions quand toutes les unités parties prenantes le font par accord mutuel. De ce fait, achats, ventes ou troc de drogues illégales ou d’objets volés sont des transactions quand le vol ne l’est pas». Et certains de justifier: dans certains pays, la vente de drogue est légale, des valeurs sont donc ajoutées, dans d’autres elle ne l’est pas, on y sous-estime donc les valeurs produites. L’impact comptable de ces différences sera ainsi gommé.

 

Dans ces conditions, les comptables publics européens vont se mettre au diapason et l’ont déjà annoncé : on a parlé de l’Italie, il faut aussi mentionner l’Angleterre qui va faire entrer la drogue et la prostitution dans le calcul du PIB et de quelques autres. Eurostat, a estimé que ce nouveau calcul pourrait porter le taux de croissance du PIB à 4-5% en Finlande et en Suède, suivies de l’Autriche, de la Grande-Bretagne et des Pays-Bas (3 à 4%).

 

Et la France? Elle ne s’est pas encore prononcée, assure-t-on. Les comptables français hésiteraient à reconnaitre qu’il y a un vrai «accord mutuel» entre «parties prenantes» comme dit plus haut quand, parmi les parties à l’accord, on trouve des victimes d’un esclavage sexuel ou des consommateurs de drogue qui ne disposent pas vraiment d’une capacité raisonnable de juger.

Que faut-il conclure? Qu’il faut s’aligner sur les Etats-Unis qui ont déjà procédé à ces modifications de calcul? Faut-il revoir les chiffres du commerce extérieur français en incluant les expéditions de meubles, œuvres d’art, de montres, de bijoux, parfums et toutes marchandises volées par les bandes «étrangères» dont l’activité  a explosé en France(sachant qu’on ne vise pas ici le vol mais bien les opérations de revente ultérieure) et qui sont exfiltrées dans d’autres pays pour y être commercialisées ? (On intégrerait aussi l’activité « voitures-boutoirs »).

 

Ou bien faut-il s’attacher à une autre méthode d’évaluation de la richesse ? Pourquoi ne pas suivre le Bhoutan où le concept de « Bonheur National Brut » a remplacé la notion de PIB? Evalué en suivant « 72 critères de mesure … (de) l'ensemble des activités du pays». «Nous visons un état d'équilibre entre le bonheur matériel et le développement spirituel des citoyens…» déclarait Dorji Wangdi, Ministre du Travail et des Ressources du Bhoutan lors d’une conférence donnée à Sète. Il serait temps que les statisticiens d’Eurostat y réfléchissent.

 

 

 

C’est un mot très technique qui nous vient du bâtiment. Le mot avait une puissance conceptuelle que ses inventeurs n’avaient pas devinée. Une plateforme est non seulement un terme qui décrit une construction qui se finit mais aussi un terme qui décrit une construction qui commence ! Ainsi, la plateforme pétrolière, est-elle la substructure d’un ensemble. On découvre alors que «plateforme n’a plus rien de plat». Les plateformes communes de revendication des syndicats et partis sont pleins d’aspérités !

Plateformes technologiques

Il existe une dernière dérive du sens : la plateforme où s’épanouissent les nouvelles technologies. Ici, il ne s’agit plus de clore une élévation ou de la fonder, il s’agit de trouver un mot qui en évite d’autres. Car, si les mots ont des sens ambigus, capables de dire une chose et son contraire, ils ont aussi des charges affectives fortes quoiqu’ils signifient réellement. Les mots Banques, Courtiers, Société de bourse, Etablissements financiers font partie de ces mots qu’on n’ose plus prononcer sans provoquer une vibration négative, un frisson du même ordre que lorsqu’on dit Madoff par exemple ou Lehmann brothers.

Les institutions qui comprennent les mots «banque» et les autres qu’on a cités n’y peuvent plus rien et doivent vivent avec. Elles changeraient de nom que cela ne suffirait pas : Société Générale, par exemple, n’a ni le mot Banque, ni le mot Crédit, ou Finance dans sa raison sociale et pourtant….On comprend pourquoi les «nouveaux venus» ne cherchent en aucune façon à user de ces mots-là, le mot plateforme est venu à la rencontre des nouveaux acteurs. Il s’était introduit dans l’univers financiers via la compensation et les paiements: puis l’expression s’est répandue dans l’univers financier et bancaire. Maintenant, il n’est plus d’entreprise nouvelle dans cet univers qui ne se qualifie d’elle-même: plateforme. Or, Les mots ne sont pas à sens unique: il n’est pas mauvais d’entendre ce que «plateforme» est en train de nous dire.

«Plateforme» vaut pour « lieu technique », comme pouvait l’être, autrefois, une soute dans un bateau, ou un tableau de connexion dans les vieux centraux téléphoniques. Les «plateformes» financières ou monétaires ont récupéré ce mot dans d’autres métiers. Une plateforme informatique et de traitements de données opère des cartes de crédit, des compensations de créances et de dettes. Pour faire fonctionner des échanges numériques entre cartes, comptes, établissements, il n’est plus besoin que de connecter des ordinateurs, des périphériques, des modems, des routeurs, des connexions par fibres ou par ce qu’on veut. On met le tout dans ou sur une « plateforme », c’est normal.

Les plateformes financières sont irresponsables

Et puis, progressivement « plateforme » a envahi le champ sémantique «finance, banque». Plus il y a traitement informatique, plus «plateforme» est devenu un must. Les courtiers en bourse évoluent vers des plateformes. Il n’y a plus personne au téléphone. D’ailleurs pourquoi téléphoner, et à qui, puisque les opérations se font d’ordinateurs à ordinateurs. Offre et demandes numériques se rencontrent à la vitesse de l’éclair et font des prix sans qu’on ait eu le temps de respirer. C’est bien normal. Tout ce qui ne nécessite pas d’intelligence peut, doit, être réalisé automatiquement. Or, justement, l’intelligence est aussi placée dans les machines. Le High Speed Trading n’est-il pas un combat titanesque (pour ce qui concerne les montants en jeu) entre ordinateurs. Et pas entre deux ordinateurs, mais entre plusieurs ordinateurs?

Cette proposition n’est pas évidente. Le mot «plateforme» use et abuse de sa connotation technique. «Plateforme» est devenue ainsi un univers où rien de ce qui s’y passe ne permet d’inférer une responsabilité humaine. Sur une plateforme, il n’est rien d’autre chose que des processus mécanique, électronique, informatique, de traitement d’instructions et de «data» du même ordre. Une plateforme pour traiter les produits dérivés n’est pas responsable. Elle n’est qu’un outil. Tout ce qui est outil ne peut être tenu responsable. Tout ce qui est qualifié de «plateforme» n’est donc pas responsable. Ou «responsabilisable».

C’est ainsi que de dérive de sens en dérive de sens, les plateformes ont pris cet aspect rassurant, pour les offreurs de monnaie et les demandeurs de monnaie. On ne crée donc pas de banques ou des institutions financières, on crée des plateformes. Et puisque la technologie a rendu facile et ouvert à tout un chacun les ressources de la vitesse de la lumière, des ordinateurs quantiques et des ondes gravitationnelles, la plateforme se chargera de tout. Ses promoteurs injecteront le programme à suivre, approuvé par les institutions monétaires et s’attacheront à la lecture des listings de traitement, des courbes de disponibilité du matériel, des temps de réponse, etc…

«Peer to peer» n’est concevable qu’avec ces plateformes où l’offre vient se «plugger», comme, dans un sens inverse, la demande le fera. Ce qui sortira de cette rencontre? Non pas nécessairement un prix mais un matching individualisé. L’organisateur de la rencontre, celui qui a mis les machines à disposition, qui a conçu les logiciels, se positionnera non plus comme un acteur, agissant et donc responsabilisable, mais comme le gérant d’une plateforme technique en charge de problèmes techniques, connecter des fils, réparer des serveurs, rebrancher des routeurs, et programmer le bon fonctionnement du tout.

Vision apocalyptique? Information plus simplement. La banalité du mot fait retomber pressions et préventions que les mots «banques et bourse» poussent à leur maximum. Pourtant, dans le domaine financier et bancaire, il n’y a pas de plateforme qui vaille. Il y a des gens qui ont de l’argent, des gens qui en cherchent, les plateformes si elles ne sont pas bien surveillées pourraient devenir des rings de boxe ou des lieux de déni de responsabilité.

 




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