Soliloques sur le Vaste Monde, mai 2017

- Drôles d'oiseaux

- Les moines doivent de rhabiller

- Les livreurs à domicile font la queue

- Ils reconnaîtront ta voix et accourront

Les livreurs à domicile font la queue

Bic va me livrer à domicile briquets et rasoirs. Pas trop tôt! J’avais reçu des sollicitations de Wilkinson. Ils proposaient même une imprimante trois D… mais, franchement, où la caser ? Si vous comptez les machines Nespresso (au fait, ça y est, ils m’apportent les capsules), la machine à faire la raclette (réduction de 30% sur le fromage si livraison avant 6:00 du matin), la machine à rôtir la viande (livrée chez vous 5 mn top chrono). Ajoutez-y le robinet à eau de ville...

Amazon me livrera la «base de nourriture» définie via l’analyse de mes achats sur les trois dernières années. Autant de temps gagné pour faire des choses à haute valeur ajoutée : lecture, entrainement pour abdominaux, jardinage suspendu. Amazon ne veut pas couvrir plus de 95% de mon approvisionnement. Question d’éthique. Si on vous libère du plus pénible ce n’est pas pour vous faire prisonnier dans ce qui est le plus agréable. Amazon dit : « la liberté de choix est une valeur absolue ».

Les livraisons? C’est pour mon robot-butler: réceptionner les rasoirs, les glaces « mon délice », les capsules de café, et les chaussettes pour le grand ; gérer les livraisons à pieds et «à drones». Sans mon butler, je serais collé à la porte : dehors, il y aurait la file du «dernier mètre». Elle ferait bien 50 mètres. Dehors, il y aurait beaucoup de files de cinquante mètres. Ce n’est pas moi qui pleurerait les boutiques où on fait la queue.
 

Les moines doivent de rhabiller

Avant, quand un député salariait sa femme, on le prenait pour un imbécile, l’usage c’était de salarier sa maîtresse et de la faire passer pour sa femme. Personne ne s’interrogeait. Monsieur le député se promenait tranquillement au bras de sa maîtresse, tout le monde se convainquait que c’était sa régulière, on ne cherchait pas trop. On ne disait pas « voleur de deniers publics ». On disait « sacré canaille ». Gentiment. Comme pour le boucher avec sa coquine. Aujourd’hui, le pauvre type qui emploie sa bourgeoise se fait écharper. Député, c’est pas pour rigoler ou faire la figure de mode ou faire comme si on était comme tout le monde.

Moment extatique, vous venez de réussir quelque chose qui vous remplit de joie. Par exemple, vous êtes en tête d’une élection improbable. Alors, on y va, on rigole un peu avec des tas de copains et les secrétaires aussi, les maîtresses et tout le monde ! Vous n’y êtes pas du tout ! La transparence est là ! On voit bien que vous vous marrez alors que dans la France, il y a des gens qui ne se marrent pas du tout. Un vrai responsable se comporte en responsable. Un responsable n’est pas quelqu’un qui se marre. C’est quelqu’un qui porte sur sa tête qu’il y a des tonnes de gens qui ne se marrent pas. Un vrai responsable assume au risque d’être assommant. Un vrai responsable sait que consommer c’est consumer alors que son rôle c’est de bâtir. Il doit porter les vêtements des bâtisseurs. Pas des costards bien coupés ou rigolos pour faire la fête.

C’est fini cette société où on pouvait se balader n’importe comment et même à poil. Comme si tout le monde pouvait ressembler à tout le monde, comme si les riches pouvaient s’habiller chez décathlon comme les gars des banlieues. Nous vivons au vu et au su de tous. Si vous êtes à poil chez vous, vous êtes à poil chez les autres. Les réseaux ne sont pas faits pour les chiens et les caméras ne sont même plus cachées. Le PDG qui fait le malin en scooter pour aller à une partie fine doit savoir qu’il invite tous les regardeurs. On le voit partir, on le voit arriver. On le voit monter les escaliers. On voit tout. (La décence oblige à ne pas dévoiler les choses intimes même si finalement tout le monde est au courant).

Le chirurgien qui fait une blague de salle de garde en opérant aurait dû se contrôler. Quand on a la vie des gens au bout des instruments, on ne rigole pas. Il se croit tout seul l’avocat qui fait une pause sandwich au cours du procès d’assise de son violeur de client ? Graillonner en un pareil moment c’est un pur mépris affiché à la figure des victimes et de la Justice.

Aujourd’hui, on veut de vrais acteurs, habillés pour leur rôle et qui connaissent leurs textes, et non des amateurs pour fête de charité.
 

 

DRÔLES D'OISEAUX

DRÔLES D'OISEAUX au cinéma ce mercredi 31 mai.

Un film de Elise Girard avec Lolita Chammah, Jean Sorel, Virginie Ledoyen et Pascal Cervo.

 

Il est bien rare que je chronique un film. Si je le fais c’est que je ne suis pas content… non, en fait ce n’est pas vrai ! J’avais « pris la plume » pour dire tout le bien que j’avais pensé de « Her » ou de « le vent se lève », alors, là, pourquoi pas ? En plus c’est une jeune auteure.

 

Il est bien rare qu’un film, de nos jours, n’ait pas deux ou trois scènes de « Gun », un long plan de « baise » et des smartphones à tous les coins de rue avec des gens qui chuintent vaseux un langage vague qui aurait été beaucoup mieux si on n’avait pas éprouvé le besoin de parler. Sans compter la séance dope sur fond de hurlements. Et, idéalement, quelques migrants pour montrer qu’on n’est pas (encore) des bêtes.

 

C’est bien rare, mais là, justement, c’est le cas: il n’y a pas tout ça. C’est une histoire poétique et comme toutes les poésies, il faut se laisser emporter par tout ce qui n’est pas montré, dit ou agi. Les couleurs apaisées renvoient à quelques tableaux hollandais, des gris, des bleus, nets et légèrement ombrés. Des couleurs lentes et des plans fixes. On est à Paris et, j’ai aimé, en tant que Parisien de passion, ce Paris, tranquille, doux, lent qui glisse au long de jours sans surprises. La seule surprise: les mouettes qui chutent sans prévenir. Paris, ville de bord de mer. Ils sont si vrais ces étranges ballets d'oiseaux de mer. 

 

L’héroïne, (ou anti) est à l’unisson de la ville. Oui, elle a raison : Paris n’est pas une grande ville. On peut profiter de « longs en larges » sans avoir le sentiment que ce sont des expéditions à chaque déplacement. Et puis, cette librairie que j’ai adorée, comme j’aime toutes les librairies, surtout, celles-là, où rien ne paraît avoir changé depuis l’invention du livre.

 

Elle est là, de passage, étrangère à la ville ; elle est prête. A vivre. A laisser le temps s’écouler comme une rivière, lente et tranquille. Le temps se vit à son rythme et ne se raconte pas nécessairement. Peu de mots dans ce film. En dit-on beaucoup dans la vie, en dit-on beaucoup qui sont nécessaires? est-il utile d’en dire, s’il n’y a rien à dire. Les rencontres ? Rêvées dans une librairie sans clients en compagnie d’un libraire qui aurait pu être révolutionnaire. Une ombre d’idylle se noue qui fait venir un souvenir « … l'ombre d'un cocher /Qui tenant l'ombre d'une brosse, /Nettoyait l'ombre d'un carrosse ».

 

Et puis, un jour, une rencontre; l’ombre s’efface et les couleurs changent et deviennent celles de la vie de tous les jours.

 

Joli film. Il faut goûter sa lenteur. Sa tranquillité. Sa douceur. Ça change.  

Ils reconnaîtront ta voix et accourront

 

Le progrès arrive. Les appareils qui obéissent au doigt et à l’œil… mais surtout à la voix. « La voix de leurs maîtres ». Apple, Amazon, Google se lancent. Vous direz à vos appareils, n’importe lesquels, « choisis la pizza la meilleure, la moins chère avec pas plus de 5 olives verte, dans 10 minutes ». Et hop ! Commande passée ! Et hop ! Pizza livrée ! Et hop ! Compte bancaire débité.

 

Cela fleure bon le moyen-âge et ses serfs qui servaient. « Holà, manant, fais briller mon épée ! ». Plus tard, ces gens-là, des machines autonomes des premiers âges, ont été remplacés par des serviteurs.2 : les butlers, (Jeeves !  my WWW, wy*) pour les riches anglais, et les espagnoles pour la bourgeoisie parisienne des années soixante, (« Conception allez me chercher mes bigoudis »).

 

Mais voilà, le progrès passant par-là (on ne devrait jamais le laisser entrer sans frapper), la version.3 avait dérapé en salariés hors de prix.

 

Le progrès libère l’homme (et même la femme). Un dégagisme s’en dégage : « dégage les salariés », dit le progrès ! Remplace-les par des choses qui répondent au doigt et à l’œil et surtout à la parole. Dégage tous ces contacts humains où le plébéien ne sent pas la rose et demande qu’on paye les heures sup.

La plus belle conquête de l’homme, le cheval, permettait d’aller très loin. Le progrès, c’est la reconnaissance vocale qui permet de rester chez soi.

*whisky without water, will you

 


 Comprendre le Métavers en 20 questions

 

 

 

 

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