Soliloques sur le Vaste Monde: février 2017

 

- La tentation des candidats

- Les Turcs et l'Algérie: à quand la repentance?

- T'as pas deux balles? (chronique reprise par le courrier financier)

- Les mots anodins sont les plus dangereux

- C’est une histoire aviaire, une histoire de canard… (chronique reprise par le courrier financier)

- Révolution: que faire des retraités et des fonctionnaires

- Les lumières s'éteignent

- Méfiez-vous des Purs

 

Les Turcs et l'Algérie: à quand la repentance

Extrait de la première lettre sur l’Algérie d’Alexis de Tocqueville.

 

Mandaté par le gouvernement français pour faire le point sur la conquête de l’Algérie, Alexis de Tocqueville rendit successivement à plusieurs années d’intervalle deux rapports d’une lucidité et d’une honnêteté exceptionnelle.

 

Dans ce rapport, un rappel à la domination turque vaut leçon au profit de tous ceux qui ont critiqué la politique française en Algérie : quand la France prend pieds en Algérie, celle-ci est une « possession » turque depuis la fin du XVIème siècle. Les Turcs ont donc « administré » l’Algérie deux fois plus longtemps que les Français. En fait d’administrer, ils ne conçurent pour leur « possession » que le plus grand mépris et s’organisèrent pour la piller le plus tranquillement du monde.

 

Evidemment quand les administrés manifestaient leur mécontentement, ils étaient massacrés.

 

Les Algériens n’attendent pourtant aucune repentance de la part des Turcs. C’est sûrement dû au fait que les massacres entre Musulmans ne sont que des manifestations de virilité expansive et, en aucune façon, des rapports de haine et d’extermination.

 

 

Algérie et turcs

extrait de la première lettre d'Alexis de Tocqueville sur la situation de la France en Algérie

 

Après vous avoir parlé des deux races principales qui peuplent l'Algérie, il est bon, Monsieur, de finir par vous dire un mot d'une troisième qui n'y existe plus, mais qui pendant trois siècles y a obtenu une puissance prépondérante, je veux parler des Turcs.

 

Lorsque les Espagnols eurent chassé les Arabes de la péninsule ibérique, ils ne tardèrent pas à les suivre jusque sur les côtes de l'Algérie. Ceux-ci appelèrent à leur secours les Turcs alors à l'apogée de leur puissance et de leur gloire, qui, après avoir vaincu les chrétiens et s'être emparés d'Alger, se déclarèrent les maîtres de ceux qu'ils étaient venus défendre.

 

Ne vous imaginez pas, Monsieur, que les Turcs, conquérants d'Alger et d'une partie de la Régence, aient voulu y fonder un empire pour leurs descendants. Nullement. Ces Turcs étaient si fiers d'eux-mêmes et de leur pays qu'ils méprisaient leurs propres enfants, qui étaient nés de femmes arabes. Préférant leur race à leur famille, ils ne voulurent donc point ne se recruter parmi leurs fils. Mais tous les ans ils envoyèrent en Turquie chercher de nouveaux soldats. Les choses ainsi établies se continuèrent. Il en était encore de même en 1830. Chaque année, la race dominante allait se recruter sur la côte d'Asie, laissant tomber dans l'obscurité et dans l'impuissance ses propres enfants.

 

Il faut, Monsieur, vous dire quels étaient les principes et les moyens de gouvernement de ces Turcs. Cela est nécessaire pour comprendre tout ce qui est arrivé depuis que nous avons pris leur place.

Les Turcs, dont le plus grand nombre habitait Alger, y formaient une milice peu nombreuse, mais très brave et fort turbulente à laquelle appartenait le droit de choisir le chef du gouvernement. C'est dans son sein qu'étaient pris la plupart des fonctionnaires civils et tous les fonctionnaires militaires.

 

Ces Turcs formaient donc un corps aristocratique et ils faisaient voir les défauts et les qualités de toutes les aristocraties. Pleins d'un immense orgueil, ils montraient en même temps un certain respect pour eux-mêmes qui les faisait parler et presque toujours agir avec noblesse. Du reste, ils ne s'inquiétaient guère que des intérêts de leur corps, méprisant fort tout ce qui lui était étranger.

Quant à ce qu'ils appelaient leur gouvernement, voici en quoi il consistait :

Les Turcs essayèrent de réduire les tribus cabyles. Mais ils ne parvinrent à faire reconnaître que par un très petit nombre leur souveraineté. Toutes les autres se retranchèrent dans leurs montagnes et y restèrent inaccessibles.

 

Je présume que c'est le voisinage continuel de ces Turcs qui a fait adopter aux Cabyles cette maxime fondamentale dont je parlais plus haut en vertu de laquelle on coupe la tête à tous les étrangers qui viennent se promener sur les penchants de l'Atlas.

 

La domination turque s'établit plus aisément sur les Arabes qui, comme je vous l'ai dit, vivent dans des plaines ouvertes. Voici comment ils s'y prirent : cinq à six mille Turcs renfermés dans Alger n'auraient pu seuls réduire ces tribus mobiles qui fuient à l'approche de la main qui veut les saisir. Mais il ne se serait jamais établi de tyrannies si les oppresseurs ne trouvaient point parmi les opprimés leurs instruments. Les Turcs distinguèrent certaines tribus auxquelles ils concédèrent des privilèges et une grande indépendance à la condition de les aider à asservir les autres. De plus, dans les tribus mêmes sur lesquelles s'appesantit leur joug, ils s'attachèrent par des moyens analogues, surtout par l'exemption de l'impôt, la plupart des membres de cette aristocratie militaire dont je vous ai entretenu plus haut. De cette manière ils purent se servir des Arabes pour dominer les Arabes.

 

….Il ne faut pas croire, Monsieur, que l'argent levé de cette manière servît, ainsi que cela se pratique ou du moins semble se pratiquer chez toutes les nations civilisées, à assurer la tranquillité et la prospérité de ceux qui le payaient. La presque totalité entrait dans les coffres du Dey ou revenait à ses soldats.

Les Turcs avaient cependant fait quelques tentatives fort incomplètes pour établir au sein des Arabes quelque chose qui ressemblât à une administration publique…

 

Les Turcs avaient employé un autre moyen pour s'assurer des villes. Ils y entretenaient une garnison qu'ils avaient soin de renouveler souvent. Les soldats ainsi détachés se mariaient avec des femmes arabes et ils en avaient des enfants. Les enfants qui naissaient en Algérie d'unions de Turcs et d'Arabes avaient un nom particulier, ils s'appelaient coulouglis et formaient une race distincte des deux autres. Les Turcs, sans accorder aux coulouglis une part dans le gouvernement ni une place dans leur milice, leur assuraient cependant par des privilèges une position prépondérante qui les attachait au gouvernement et séparait leurs intérêts de celui du reste des gouvernés. Ces coulouglis formaient donc dans les villes où ils avaient pris naissance une population amie, sur laquelle on pouvait compter, et qui se défendait aisément pour peu qu'on ne l'abandonnât pas entièrement à elle-même.

 

Vous en savez déjà assez pour voir, Monsieur, que ce prétendu gouvernement turc n'était point à vrai dire un gouvernement mais une continuation de conquête, une exploitation violente du vaincu par le vainqueur. Non seulement les Turcs s'étaient établis sur les côtes d'Afrique en étrangers, mais ils avaient résolu ce difficile problème d'habiter pendant trois cents ans un pays où ils étaient toujours étrangers et où ils paraissaient sans cesse comme des nouveaux venus qui arrivent dans le but de faire leurs affaires particulières et non point pour administrer le peuple conquis.

 

 

C’est une histoire aviaire, une histoire de canard…

La presse, c’est un pouvoir, expliquait, un brin rigolard, un représentant du Syndicat de la magistrature, le troisième pouvoir. Insaisissable quatrième pouvoir, la presse n’est pas de l’ordre du social ou même de l'humain. Elle ne tient pas non plus son pouvoir d’un droit divin et n’appartient pas à l’univers ancien des prêtres.

 

Quel est donc ce pouvoir étonnant qui ne vient ni des hommes, ni des dieux ? Nous nous posons cette question pour échapper à la réponse ! Nous la répétons, en forme de litanie depuis que la presse existe parce que nous ne parvenons pas à accepter la vérité du pouvoir de la presse. Nous avons du mal parce que nous voulons à toute force croire que la presse est marquée aux coins de notre insatiable désir de vérité et de notre don de curiosité qui font de nous une espèce animale à part. Or, la presse n’a rien à voir avec la Vérité, ni avec la Curiosité, sa mère.

 

La presse a à voir avec les talents et la magie du conteur. Lisant un journal, écoutant une radio, regardant la télévision, nous n’affrontons rien d’autre que l’expression de nos peurs enfantines, de nos désirs adolescents et de nos angoisses de vieillards. Pourquoi nous attachons-nous à toutes forces à ce qu’elle véhicule ? Pourquoi, comme d’une oriflamme qui claquerait au vent sommes-nous si dépendants de gros titres pareils aux annonces devant les salles de cinéma, aux publicités pour Disney ou pour tel hôtel en forme d’aquarium ? Attendrions-nous de l’information ?

 

En vérité, nous attendons qu’on nous raconte une histoire… Raconte-nous une histoire d’enfants battus et de femmes violentées. Raconte-nous un Oliver Twist encore plus malheureux et une petite Fadette dix fois abusée. Raconte-nous des horreurs, des gens malhonnêtes, des tortionnaires sadiques. Raconte-nous le riche pour nous faire rêver. Montre-nous comme la déchéance est douloureuse et le monde bien peu reconnaissant. Montre-nous tout et plus encore : c’est le talent du conteur que de porter la lanterne devant lui sans hésiter, sans s’effrayer des terreurs qu’il sort de l’ombre.

 

Comme on sait que les contes les plus jolis sont ceux qui savent s’étendre et se dérouler, lentement comme les eaux d’un fleuve tranquille qui changent sans cesse et charrient tranquillement toutes sortes d’immondices, la presse d’information a inventé la « Série ». Un conte, un jour, n’est pas un slogan pertinent. Et puis, c’est fatiguant d’avoir une bonne idée par jour et même une bonne idée par semaine. Il est préférable de tirer tout le suc d’une bonne histoire. Faire durer. Ne pas changer aussi de héros, mais renouveler les dénonciations, en ne lâchant surtout pas le fil de l’histoire. Et pour reposer les lecteurs, maintenir autant que possible, la règle de l’unité de lieu. Comme dans Downton Abbey.

 

Un bon conteur, de nos jours, sait compter. Il sait ce qu’il a payé pour avoir une bonne histoire. Il sait que plus il la fait durer, plus le conte est compétitif. C’est important. Il faut penser au financement des contes suivants

Révolution: que faire des retraités et des fonctionnaires

Et si on faisait la Révolution ? Cela nous vient de loin et irait encore plus loin si on lâchait un peu les rênes.

Au commencement, la Révolution est un problème de finances publiques. Il fut réglé en réglant le sort des institutions sociales et civiques qui entravaient la société :  Aristocratie et Clergé. Or, les finances publiques sont toujours un problème.

Qui sont, de nos jours, les Aristocrates ? Réponse : les retraités.  Ils sont payés à ne rien faire, exigeant leur dû en s’appuyant sur des titres, autrefois 16 quartiers de noblesse, de nos jours 40 (max) années de cotisation. Ils pèsent sur l’avenir avec des pensées du passé. Ils consomment l’argent dont on a tant besoin pour rembourser la dette. Comme les aristocrates, ils vivent dans un monde à part, qui n’est pas la vraie vie, un monde de vacances et de loisirs. Ils s’ennuient comme s’ennuyaient les aristocrates et vivent entre eux comme ces derniers, dans de grandes demeures qui leur sont réservées où ils sont servis par un personnel basané en livrée blanche (tout l’inverse d’un Butler anglais).

Il faut les faire revenir au sein de la société. Cela commence par l’abandon de ce privilège incroyable : le droit, et même le devoir de ne pas travailler. C’est ici que le mouvement vers le travail des seniors prend tout son sens. Revenus dans la vraie société, débarrassés des chaines dorées que sont leurs rentes à vie, ne devant plus leur subsistance qu'à leurs contributions réelles, ces aristocrates modernes mériteront de la république et ne lui coûteront plus rien.

Les gens d’église modernes, ce sont les fonctionnaires : prétendant produire des biens indispensables à la société, à l’âme, à l’esprit et aux corps, sains ou malades !!! Ils s’imaginent qu’ils sont l’incarnation du bien public. Les fonctionnaires d’aujourd’hui sont entrés au service de l’Etat, comme autrefois on entrait dans les ordres, pour servir son prochain. Ils sont membres d’un seul et même corps, celui de l’Etat (autrefois on disait «corps de l’Eglise»). Ce clergé nouveau a aussi ses murs pour accueillir la foule des fidèles, le "Public". Il a des maisons pour le public jeune où il prêche les valeurs de la République, comme autrefois, on prêchait les vertus cardinales. Il a lui aussi, des maisons pour le public malade et pour les malheureux. Il a des images ou des représentations exemplaires, ainsi des bustes généreux de Marianne comme le vieux clergé avait ses Vierges maternelles.

Ils sont bien trop nombreux. Ils coûtent fort cher. On gagnerait beaucoup à les rendre à la vie civile. La société saurait dans de meilleures conditions de productivité exercer leurs soi-disant prérogatives. Avec internet, ces intermédiaires-là entre les hommes, l’Etat et même les dieux, ne sont plus indispensables.

Ceux qui resteraient seraient assermentés à la République, comme autrefois on le fit pour le clergé. Et tant qu’ils n’auraient pas prêté serment, on ne les paierait pas…

En deux ans on aurait réglé la question des déficits !
 

Méfiez-vous des Purs,

Méfiez-vous des Purs, 

Plus l’impureté prévaut, plus se répand le désir de pureté. Plus les hommes s’élèvent et moins la foule tolère que leurs guêtres soient tachées de la boue du chemin, que leurs semelles en trahissent la poussière et les fondrières.

Le peuple exige une pure pureté. Il fera rendre gorge à tous les dirigeants qui se dévoient, les uns aux bras de maîtresses uberisées, les autres dans les filets de la finance anglo-saxonne. La pureté s’imposant, ils sauront qu’elle ne se divise pas. Pouvez-vous prétendre à la pureté si votre conjoint ou vos enfants sont impurs ? Scandaleux, les emplois fictifs pour l’épouse de celui-là qui pourfend la paresse des sans-emploi et les arrêts-maladie des fonctionnaires ! Scandaleuse, l’épouse qui, par métier, promeut un capitalisme impur qui veut que  tout lui soit ouvert, le dimanche compris, pour satisfaire son avidité, pendant que son mari, singeant le Poverello, sème l’argent à tout vent ?

Qu’on le sache bien : la pureté ne s’acquiert ni ne se conquiert. Celui qui, comme Becket, pourrissait dans la débauche pourra singer l’évêque mais ne pourra jamais être saint. La pureté est un état. Pensez à Robespierre et à Saint-Just. Pensez au Kampuchea et à ses purs gardes rouges vêtus de pyjamas noirs. La pureté n’hésitera pas à porter la barbe s’il le faut et d’un voile noir protégera les femmes contre les regards impurs.

Dans un monde où les purs dirigent, on ne rigole pas.
On dit qu’après le passage des purs, l’herbe a du mal à repousser.

 

La tentation des candidats

Les grands hommes, les hommes saints et même les dieux ont été soumis à la tentation. Elle leur a suggéré la lascivité de somptueuses odalisques. Elle a accumulé des tas d’or devant leurs yeux cupides. Elle leur a fait miroiter des victoires faciles et des conquêtes rapides.

Seuls ceux dont l’âme était élevée et le caractère bien trempé ont su échapper à ses rets. Or, voici que dans ces moments de grands troubles que traversent la société et la nation française, un génie, mauvais certainement, est venu proposer que chaque candidat à la fonction suprême soit soumis au test de la tentation. Celui qui y cédera sera élu. Ils ont tous accepté. Passons-les en revue.

La première tentation a été proposée au Candidat Fillon : une nuit que celui-ci ne trouvait pas le sommeil, accusations infondées du Canard, trahisons des siens, vie familiale ravagée, il vit se matérialiser un drôle d’individu avec une barbe sale. L’homme avait l’air farouche des primitifs qui ne sont pas encombrés de neurones. Il invoqua son dieu, se réclama de Daesh et s’assit sans y avoir été invité. Il venait de loin pour une proposition tentante : « Nous massacrons le parquet financier et détruisons tout ce qui est en rapport avec l’accusé Fillon et sa famille ». Au moment où nous écrivons ces lignes, Fillon réfléchit encore à cette tentation.

La seconde tentation est venue au candidat Macron sous la forme d’un homme à l’aspect juvénile et beau connu des conteurs: un enchanteur. Par la seule vertu d’un pipeau il avait su détourner tous les enfants d’une ville. Macron le rencontra, à la fin d’une réunion où il venait de jeter à une foule envoûtée « je vous aime farouchement ». Comme l’homme au pipeau s’approchait, Macron le reconnut sans hésiter, lui-même jouant du pipeau avec talent. L’homme lui dit d’une belle voix mélodieuse. « Veux-tu que je leur joue ma musique pour qu’ils oublient que tu n’as pas de programme ? ». Les yeux de Macron brillait encore des heures après cette rencontre. La proposition était tentante.

La troisième tentation ? Hamon en fut la victime. Tout le monde connait la boîte de Pandore : ouverte bêtement, toutes les richesses qu’elle contenait s’étaient échappées. Pandore honteuse l’avait refermée trop tard mais de telle sorte que personne ne pourrait l’ouvrir à nouveau. Enjôleur, le génie apporta la boîte à Hamon. « Dans la boîte, il reste l’espoir ! Si tu veux, je l'ouvre pour toi. Pour toi seul ». Et Hamon de rêver...C'était tentant.

La quatrième tentation fut pour la candidate le Pen. Un homme bien mis, blond aux yeux bleus, s’imposa dans ses bureaux. Il évacua tout le monde et, direct, lança : « l’incendie du Reischtag, tu connais ? ». Le Pen opina. « Je te propose une réédition : le Palais Bourbon! ». Elle sursauta, dans ses rêves les plus fous elle ne l’aurait pas même osé. C’était trop tentant.

Attendrez-vous le résultat des élections pour reconnaître celui qui a cédé au Génie ?
 

T'as pas deux balles?

T’as pas deux balles ?

Je me souviens. Ce n’était pas une demande. Pas de tapeurs là-dedans. C’était juste pour causer. T’as pas deux balles ? On savait qu’il les avait. Il ne les donnerait pas. Il souriait moyen. Il regardait les gars autour de lui. Evidemment, ils les avaient les deux balles.

T’as pas deux balles. Enfants, on jouait avec les pièces en nickel ou en alu, je ne sais plus trop bien. Elles étaient blanches. Il y en avait avec des trous au milieu. On pouvait les empiler. Sur certaines, des feuilles de chênes et un type à képi. On disait pas qui c’était. On disait qu’il valait pas deux balles. Un pas grand-chose et ses copains avec.

L’argent ça se perd. Ça valait et puis, un peu plus tard, ça ne valait plus. « L’inflation » on me disait. J’étais bien petit et déjà, j’avais appris qu’avec le temps on pouvait devenir plus petit encore. La pièce de deux balles, elle valait de moins en moins deux balles.

Ça énervait tout le monde que deux balles un jour, ça ne valait plus deux balles quelques temps après. Alors, on a pris une décision : les deux balles, on les multiplierait par 6,57 mais ça resterait deux balles. Malin ça.

Mais, maintenant, déjà, ces deux balles là, elles ne valent plus grand-chose. Alors, pour faire croire. Pour laisser penser que deux balles, c’est deux balles et pas moins, on a mis le Mitterrand, de profil.

Un Mitterrand à deux balles, ça vaut combien ?

Les mots anodins sont les plus dangereux


Quand j’ai écrit, sur Tweeter, cette phrase, dénichée je ne sais où, dans un almanach ou un journal à scandale :

« Chez les Hamon, répartition des tâches : Monsieur ne travaille pas, il cause ; Madame bosse, elle se tait »,

je ne me rendais pas compte que j’allais déclencher une tempête médiatique. Quand, toujours pensant à Benoit Hamon, j’indiquai que « pas plus un homme d’esprit ne fait une femme d’esprit, pas davantage un socialiste ne fait une socialiste » me référant à la réussite de Madame qui avait ferraillé en faveur du travail du Dimanche pendant que Monsieur s’y opposait au nom de la justice sociale, je n’imaginais pas le déferlement de photos ordurières qui allait s’ensuivre !

Sur l’une d'entre elles,  Benoit Hamon, portant un tablier de cuisine où « Je suis le chef » était imprimé, tançait Madame, recroquevillée, serpillière à la main.

Je découvris trop tard que le candidat à la présidentielle, à cause de quelques-uns de mes mots, venait de perdre le vote des femmes d’esprit de la gauche éclairée.

Ai-je le droit, par des propos que je crois anodin, de faire flageoler la santé électorale d’un homme bon et honnête jusqu’aux prochaines révélations sur sa vie privée ?

Eh bien, non ! Je ne m’en sens pas le droit ! Jeter l’honneur d’un homme aux chiens, je ne sais pas le faire. C’est décidé : je ne dirai pas de quel candidat Closer va montrer les images, cette semaine.  

Les lumières s'éteignent

 

Voltaire, combattant au nom des Lumières, auteur du fameux EI, « Ecrasons l’Infâme », l’apposait au côté de sa signature sur les lettres qu’il envoyait dans toute l’Europe, appelant ainsi chacun de ses interlocuteurs à s’associer à son combat contre l'obscurantisme religieux ».
EI…Le monde éclairé …

Souvenez-vous de ce beau poème de Prévert « Le gardien de phare ». Le gardien aimait trop les oiseaux. Aveuglés par la lumière du phare « Par milliers, ils meurent ».
Alors, il dit : « Tant pis, je m’en fous /Et il éteint tout »
Mais voilà la fin de l’histoire : au loin, un navire fait naufrage. Il transportait des oiseaux des Iles, «des milliers d’oiseaux noyés».
Bien au-dessus de la couronne solaire par laquelle la Liberté éclaire le monde, le flambeau de la Statue de la Liberté n’est plus accessible. Depuis une violente tempête, trop fragile, le flambeau est devenu trop dangereux.

Sans fanal, sans flambeau, comment trouver son chemin ? Quand le monde n’est plus éclairé, les esprits s’égarent ; même les plus généreux. Le chemin devient incertain et mortel.

La lumière vient à manquer alors que partout s’érigent des labyrinthes de murs, d’obstacles, de remparts et de fossés. L’obscurité se répand à un moment où les chemins deviennent chaotiques et dangereux. Aujourd’hui, les flambeaux fument, crachent et empestent. Ils n’éclairent plus, ils n’illuminent plus.  Au mieux, ils servent d’allumettes. Les flammes ne lancent plus que des poussières, elles disparaissent sous des volutes lourdes et noires, lumière des bûchers et des incendies.

Les démocraties occidentales ont un problème de Lumière.
Nous avons ri de Voltaire et de son obsession « EI ». Préemptée par des fous, elle a muté en acronyme de la barbarie religieuse.
Voltaire a été trahi dans l’indifférence : tout se vaut n’est-ce pas ? Que condamner et pourquoi ? Le siècle des lumières est réduit à une invocation routinière. Lumières ? Passée au prisme de l’indifférence, la lumière se décompose : lumières chrétiennes, juives, musulmanes et bouddhiques… et autant pour toutes les formes de croyance.

Comment, si la Lumière vient des lumières, peut-on reprendre la formule voltairienne : Écrasons l’Infâme ? L’infâme des uns, est-il le Dieu des autres ? Convient-il de réfléchir avant de l’écraser? ou bien de mettre les massacres en lumière? Mais qu’est-ce donc qu’un massacre ? Fameuse question du tas de sable : combien de grains pour faire un tas ?

Écoutons Valéry et ses évidences éclairées : « Mais rendre la lumière / Suppose d’ombre une morne moitié ». Il faudra donc renoncer à répandre la lumière et à illuminer le monde ? Dans l’univers, des milliards d’étoiles naissent, vivent et meurent et ensuite se convertissent en trous noirs. La lumière n’y éclaire pas tout, il reste une matière noire. Morne moitié ou masse essentielle ? La lumière ne serait qu’un cas particulier.

Nos espaces mentaux sont aujourd’hui entre la lumière qui s’éteint et celle qui n’éclaire plus tout.
Le dernier qui s’en va éteint la lumière…
 
 


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